Voyage en Royalie
20 novembre 2008 par Thibaut Pezerat
Rubrique : politique -
L’imbroglio socialiste désempare les militants et semble défavoriser Ségolène Royal dans sa course à la direction du parti. Qu’elle soit Première Secrétaire ou pas, certains adhérents la soutiennent indéfectiblement et voient en elle une figure présidentielle, et providentielle. Rencontre avec ses supporteurs dans le quatrième arrondissement de Paris.
Une question de logique. Certains militants socialistes du 4e arrondissement de Paris trouvent cela normal, une candidature Royal au congrès de Reims. Ceux-là se sont réunis mercredi rue Vieille du Temple, pour présenter leur candidate au secrétariat de section et débattre de la situation explosive de leur parti. Dans un de ces bars où les bobos de gauche se plaisent autant que les touristes chics. Les serveurs sont déguisés en pingouins, la décoration est soignée, et la lumière tamisée. Tout au fond de la salle, une quinzaine de personnes écoutent Marie-Sophie de Menton, leur candidate pour diriger la section.
Jeune trentenaire, elle clame son ras-le-bol de « ce parti de Papa » , et déteste le « local frigidaire » du quatrième. Aucune allusion à Royal, qu’elle soutient, par conviction ou par la force des choses. Elle vise ici la direction du parti. Dans le 4e, la motion de Bertrand Delanoë l’a emporté de trois voix, juste devant celle de Ségolène Royal. Une « énorme claque » pour le maire de Paris dont le fief, l’Hôtel de Ville, est à quelques pas. Elle est issue de la motion du pôle écologiste et représentera les militants de la motion Royal, « signe d’ouverture » pour Olivier, un militant. Un transfuge, pourraient dire d’autres.
Mammouths - Jérémi, partisan de Pierre Moscovici qui a rejoint la motion Delanoë « par défaut » est là. Pour écouter et débattre avec les autres, acquis à la cause de l’ancienne candidate à la présidentielle. La question des alliances est sensible. Il a voté pour la motion Delanoë, et ne veut surtout pas entendre parler d’une alliance avec Benoît Hamon pour contrer Royal. Une « dérive Hamon« , selon lui. Un avis partagé par Olivier, royaliste: « Hamon est jeune mais ce ne sont pas des éléphants qui sont derrière lui, ce sont des mammouths ». Lorsque Patrizia, photographe d’une trentaine d’années, insiste sur le tiers de voix obtenu par Ségolène Royal au niveau national la semaine passée, Jérémi, qui a voté pour Delanoë, corrige: « Pas un tiers, 29%. » Il y tient, « c’est symbolique. » Patrizia laisse tomber et invoque les 17 millions d’électeurs de Royal en 2007. Jérémi lui la trouve clivante, « certains la portent aux nues, d’autres la détestent. C’est à la fois un atout et un handicap. »
Ferme ta gueule - C’est justement sur la ferveur que « Ségo » suscite chez certains que ses partisans insistent. Elle est selon Geneviève la seule à attirer « les jeunes, les cités, les femmes« , « la seule qu’on entend » pour Patrizia. Même si ces militants nient tout fanatisme, beaucoup ont rejoint le PS au moment des présidentielles et entretiennent des rapports compliqués avec le reste des militants. Au point que l’on goûte assez peu la présence de Jérémi à la réunion. Laetitia de Warren, une ancienne par rapport à ses jeunes camarades, raconte ses doutes en 1997 lors de la campagne sur les 35h. « Ferme ta gueule » lui aurait répondu un autre militant, excédé. Son rapport au parti a changé avec l’arrivée de Ségolène Royal. « Avant, on s’écoutait parler. Les ordres venaient de L’Atelier (siège de Lionel Jospin NDLR), on s’exécutait. Aujourd’hui, avec Ségolène, on laisse droit à l’initiative. »
Cette ancienne journaliste se reconnaît dans le personnage de Royal, « une combattante qui a du affronter son propre milieu. Je suis une femme de gauche née dans un milieu de droite. » Un peu trop belle également: « Je n’étais pas la plus moche, et cela m’a porté préjudice dans ma vie professionnelle. » Le problème est le même pour Royal , selon elle.
Bandante – Ségolène Royal n’est en revanche pas trop belle pour Olivier Francheteau, qui a plutôt aimé le meeting-concert du Zénith et son changement de look. Peu importe si c’est de la politique spectacle, « Obama s’est fait élire par le marketing politique. » La forme du discours a également trouvé grâce à ses yeux: « Au début, j’étais choqué par tant d’audace. Mais j’ai finalement aimé cette manière moderne de faire de la politique. Aujourd’hui, le PS bande mou, pourtant Ségolène Royal est plutôt bandante. » L’actuel premier secrétaire appréciera la métaphore.
Pour cet homosexuel, un soutien à Bertrand Delanoë par principe ou par solidarité est totalement exclu. « Même s’il défendra probablement mieux les gays que quiconque, je ne me base pas là-dessus pour soutenir un candidat« . Même s’il assure le contraire, il laisse tout de même poindre ses doutes sur la capacité des Français à élire un homosexuel à la tête de l’État. Les Français sont-ils prêts? Cette question revient souvent dans les bouches des militants. Parce que Ségolène Royal est une femme, et qu’ils ne peuvent s’empêcher de penser que le machisme a fait perdre Royal en 2007. « Mon père n’aime pas Ségolène, il n’aime pas Martine Aubry, même s’il ne le reconnaît pas, il serait incapable de voter pour une femme. » Berghtor Bjarnason, un islandais vivant à Paris, caresse son bouledogue français posé sur ses genoux et compare la France avec les pays nordiques, qu’il connaît bien: « La politique française date du siècle dernier. Le PS est un parti de spécialistes, il n’y a pas assez de militants.«
Le MoDem? Un parti bâtard – La proposition de Ségolène Royal de rembourser les cotisations des militants les plus défavorisés a fait mouche ici. Ni populisme, ni grossière tactique, il s’agit selon Olivier de « redonner son sens à la gauche« . Et il s’emporte contre Bertrand Delanoë qui estime que le paiement par les adhérents est un acte fondamental. « Il faut ramener le PS aux classes populaires« , et Ségolène Royal en est capable, selon lui. Geneviève déplore le « manque de culture politique » des français : « j’ai une collègue au bureau qui a voté Sarkozy en 2007 pour avoir un métro plus propre! Elle réalise aujourd’hui qu’elle s’est trompée« . Au fond, la préoccupation constante est celle de battre l’actuel président en 2012. Quitte à nouer des alliances au centre. Olivier se fait pragmatique, voire cynique: « il faut tout envisager pour pouvoir gagner. La première étape sera celle de réunifier la gauche. François Bayrou, c’est ni droite ni gauche, c’est juste opportuniste. Le MoDem est un parti bâtard, mais il peut nous faire gagner. «
Du Zénith et son meeting théâtral à la stratégie d’alliance au centre, les militants du 4e signataire de la motion E défendent en bloc Ségolène Royal. Enorgueillis par le score de celle-ci lors du vote du 6 novembre, ils comptent placer leur championne à la tête du PS. Et ceci coûte que coûte. Quitte à annoncer, si elle perd, « la fin du parti socialiste« .




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Voyage en Royalie « Le blog de Bergthor Bjarnason, sam 3 jan 2009 22:22
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