Obama enterre le bouclier anti-missile
4 octobre 2009 par Corentin Bainier
Rubrique : politique -
Le bouclier anti-missile américain en Europe de l’Est, projet phare de l’administration Bush, ne verra finalement pas le jour. Il sera remplacé par un projet plus adapté aux missiles de courte et moyenne portée. Une décision qui fait suite aux retards pris par l’Iran dans son programme nucléaire et permet surtout à Barack Obama d’apaiser ses relations avec la Russie.
C’est la fin d’une pomme de discorde entre les Etats-Unis et la Russie. Barack Obama a annoncé qu’il renonçait à mettre en place le bouclier américain anti-missile en Pologne et en République Tchèque. Avant même que l’abandon du projet ne soit officiel, le premier Ministre tchèque Jan Fischer avait déclaré que son pays n’accueillerait pas de radar américain comme cela était prévu, alors qu’en Pologne, où des missiles d’interception devaient être installés, l’opposition rendait le premier Ministre responsable de l’abandon du projet. Il semble pourtant que Donald Tusk ne soit pour rien dans ce virage pris par l’administration Obama.
L’Iran a pris du retard dans son programme d’enrichissement nucléaire et ses centrifugeuses sont trop peu alimentées en uranium. C’est la conclusion d’un rapport des services secrets américains au début de l’été. Un constat confirmé par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Du coup, la perspective de voir la république islamique fabriquer des missiles balistiques longue portée, prouesse qui ne devait pas se réaliser avant 2015, s’éloigne et avec elle le risque que des missiles puissent atteindre le continent européen ou américain. Le président américain souhaite néanmoins mettre en œuvre une « nouvelle approche » et remplacer le projet initial par un bouclier plus adapté à des missiles de courte ou de moyenne portée.
Main tendue – Et le retard iranien arrange bien Barack Obama. « Dès sa campagne présidentielle, il s’était montré très réservé sur le bouclier anti-missiles », rappelle Christophe Soloch, chercheur associé à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI). Par ailleurs, le projet pourrait coûter plus de 100 milliards de dollars, une dépense exorbitante dont les Etats-Unis se passeront volontiers en ces temps de crise.
Mais les délais iraniens permettent surtout aux Etats-Unis d’apaiser leurs relations avec la Russie, particulièrement irritée à l’idée de voir un radar et dix missiles d’interception déployés à quelques centaines de kilomètres de son territoire. « Obama n’a pas fait de la Russie une priorité de son mandat, mais s’il peut se débarrasser de ce problème avec Moscou, ça l’arrange » commente Christophe Soloch. Un débarras qui s’inscrit aussi dans la politique de la main tendue mise en place par le président américain depuis son arrivée à la Maison Blanche, comme l’explique Isabelle Le Breton, professeur de relations internationales à l’université Paris IV, pour qui « Obama ne veut pas s’inscrire dans une relation symétrique bipolaire avec la Russie ». Par ailleurs, la décision américaine devrait permettre d’aborder plus sereinement les négociations du traité de désarmement START 1, qui arrive à échéance en décembre prochain.
Pouvoir du verbe - Si Barack Obama tend l’une de ses mains, il pourrait tenir dans l’autre quelques arrière-pensées. L’arrêt du projet de boucliers anti-missiles ne viserait pas seulement à atténuer le courroux des Russes, mais aussi à gagner leur soutien dans les négociations sur… le dossier nucléaire iranien. La Russie s’est jusqu’à présent régulièrement refusée à voter, au Conseil de Sécurité de l’ONU, les sanctions à l’encontre du régime des ayatollahs. Elle aura l’occasion de montrer si elle peut être plus ferme dès le 1er octobre, date à laquelle les membres du Conseil de Sécurité doivent rencontrer les négociateurs iraniens.
Reste que le revirement américain pourrait être un signe annonciateur d’une nouvelle phase dans la présidence Obama. « Ca serait la fin du pouvoir du verbe, d’une phase d’annonces, et l’entrée dans une phase de décisions plus concrètes », estime Isabelle Le Breton. En espérant que la « nouvelle approche » et le second projet de bouclier d’Obama ne froissent pas à leur tour le grand voisin russe.
Crédit photo CC : mashleymorgan




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